Les riches sont-ils « faits » pour être riches, et les pauvres pour être pauvres ? Le rôle des stéréotypes dans la justification et le maintien des inégalités sociales

Dans le film « La folie des grandeurs »[1], un grand classique du cinéma français qui dépeint sur le ton de l’humour une société fondamentalement inégalitaire et injuste, le personnage principal, un certain Don Salluste, ministre des finances du roi, cupide et sans scrupules, s’exclame : « les pauvres c’est fait pour être très pauvres, et les riches très riches ! » ; ou encore (en s’adressant à son valet) : « ne vous excusez pas ! Ce sont les pauvres qui s’excusent ! Quand on est riche, on est désagréable ! ». Et si les qualités et les défauts que nous attribuons de manière caricaturale aux riches et aux pauvres servaient justement à légitimer la hiérarchie sociale ? C’est à cette question que tente de répondre le présent article en mettant en évidence le rôle des stéréotypes dans la justification et le maintien des inégalités sociales.

Les groupes sociaux sont de plus ou moins haut versus bas statut social, par exemple les riches versus les pauvres, les cadres versus les ouvriers, les jeunes versus les âgés, les hommes versus les femmes. Photos de cottonbro, Dellon Thomas, Tima Miroshnichenko , Tuấn Kiệt Jr., Edu Carvalho provenant de Pexels et de DzeeShah provenant de PixabayLes groupes sociaux sont de plus ou moins haut versus bas statut social, par exemple les riches versus les pauvres, les cadres versus les ouvriers, les jeunes versus les âgés, les hommes versus les femmes. Photos de cottonbro, Dellon Thomas, Tima Miroshnichenko , Tuấn Kiệt Jr., Edu Carvalho provenant de Pexels et de DzeeShah provenant de Pixabay

Alors que l’égalité est une valeur centrale en France, force est de constater que nous sommes très loin de cet idéal. En effet, même si le niveau de vie ne cesse d’augmenter dans notre pays, les inégalités socio-économiques restent très marquées. Comme le montre une étude récente sur l’évolution des inégalités de revenus et de richesse en France, on assiste même à une augmentation de ces dernières depuis le milieu des années 1980, avec un retour de la concentration des patrimoines et une envolée des rémunérations les plus élevées (Garbinti & Goupille-Lebret, 2019). Mais comment expliquer la persistance, voire l’accentuation des inégalités socio-économiques dans le pays de la Révolution Française qui prône l’égalité des chances et la justice sociale ? L’objectif de cet article est d’apporter un éclairage psychosocial à cette problématique, en nous focalisant sur le rôle des stéréotypes dans la légitimation de la hiérarchie sociale. Cette question a été introduite dans la littérature scientifique à travers la théorie de justification du système (Jost & Banaji, 1994). 

 

La théorie de justification du système  

La notion de «  système » renvoie à un réseau structuré de relations sociales impliquant une hiérarchie entre les individus (Bonnot & Verniers, 2017). On entend par « justification » le processus psychologique qui consiste à légitimer l’existant, à considérer que les choses sont telles qu’elles devraient être (Baryla et coll., 2015). La «  justification du système » renvoie donc à la tendance à voir les relations hiérarchisées entre les individus au sein de la société comme légitimes et justifiées (Jost & Banaji, 1994 ; Jost et coll., 2004). Les personnes qui justifient le système auront tendance à penser que notre société est une société juste dans laquelle tout le monde a les mêmes chances d’accéder à la richesse et au bonheur (Kay & Jost, 2003). 

Selon les auteurs de cette théorie, la légitimation des inégalités sociales (inégalités économiques, inégalités de genre, etc.) peut s’opérer de deux façons. Une première consiste à recourir à des idéologies dites « légitimatrices » (voir la contribution de Ray et Girerd dans ce numéro). A titre d’exemple, nous pouvons citer l’idéologie méritocratique très ancrée dans nos sociétés occidentales. Ainsi, croire que dans notre société chacun occupe la place qu’il mérite permet de justifier la réussite des uns et l’échec des autres, et par conséquent de légitimer les disparités de revenus ou de manière plus générale, les disparités d’accès à des ressources valorisées. Un autre exemple d’idéologie légitimatrice serait l’orientation à la dominance sociale, c’est-à-dire le fait de considérer que les inégalités sociales sont inévitables voire indispensables pour le bon fonctionnement d’une société (voir la contribution de Suchier et coll. dans ce numéro). Une seconde façon de légitimer les inégalités sociales passe par le recours à des stéréotypes. La théorie de justification du système a d’ailleurs été initialement développée pour conceptualiser leur rôle dans la justification de la hiérarchie sociale (Jost & Banaji, 1994).

Stéréotypes et justification du système  

Les stéréotypes peuvent être définis comme des croyances partagées concernant les caractéristiques (traits de personnalité, comportements) attribuées à un groupe de personnes (Leyens et coll., 1996). Selon la théorie de justification du système, les stéréotypes ont une fonction légitimatrice de la hiérarchie sociale (Bonnot & Jost, 2014 ; Jost & Banaji, 1994). Par exemple, stéréotyper les pauvres ou les ouvriers comme moins compétents que les riches ou les cadres (Durante et coll., 2017 ; Volpato et coll., 2017), ou encore considérer les demandeurs d’emploi comme particulièrement fainéants et peu volontaires (Bourguignon & Herman, 2005 ; Camus & Berjot, 2015), permet de légitimer leur position au sein de la structure sociale. Ce même processus de légitimation des inégalités peut se retrouver au niveau des inégalités de genre : attribuer moins de compétence et moins d’ambition aux femmes qu’aux hommes justifie leur faible représentation aux fonctions dirigeantes dans le monde professionnel (voir la contribution de Boisselier dans ce numéro). 

Cette relation entre le statut social (position au sein de la hiérarchie sociale) et le contenu des stéréotypes a été conceptualisée dans le cadre d’un modèle théorique qui fait aujourd’hui référence en la matière, le « stereotype content model (SCM) » (Fiske et coll., 2002). Selon ce modèle, le contenu des stéréotypes s’organise selon deux dimensions fondamentales : la « chaleur » et la «  compétence ». La dimension de la chaleur renvoie aux caractéristiques qui permettent à une personne d’entretenir des relations harmonieuses avec autrui telles que le fait d’être agréable, sympathique, honnête ou sincère. La dimension de la  compétence, quant à elle, renvoie aux caractéristiques qui permettent à une personne d’atteindre ses objectifs, telles que le fait d’être capable, efficace, ambitieux ou déterminé. Le modèle part ensuite du principe que les groupes sont jugés d’autant plus compétents qu’ils occupent une position élevée dans la hiérarchie sociale. 

Ce lien entre compétence et statut s’expliquerait notamment par le besoin de légitimation des inégalités sociales (Fiske, 2019) : si les individus qui occupent les positions les plus élevées dans la hiérarchie sociale sont les plus compétents, alors leur position est justifiée et chacun « est à sa place ». De nombreux travaux ont ainsi mis en évidence que les personnes ont tendance à attribuer un niveau de compétence plus élevé aux individus exerçant les professions les plus valorisées ou disposant des revenus les plus élevés (Durante et coll., 2017 ; Louvet et coll., 2019 ; Volpato et coll., 2017). Cette tendance est d’autant plus marquée que les personnes adhèrent à des idéologies légitimatrices (Oldmeadow & Fiske, 2007) ou justifient le système économique (Gaubert & Louvet, 2021). 

Selon la théorie de justification du système, ce processus de légitimation des inégalités sociales par des inégalités de compétences est considéré comme partagé par l’ensemble des individus d’une société, quelle que soit leur propre position dans la hiérarchie sociale (Jost & Banaji, 1994 ; Jost et coll., 2004). Cependant, pour les personnes de bas statut, ce processus pourrait entrer en contradiction avec le besoin de valorisation de soi : il est en effet peu valorisant de faire partie d’un groupe considéré par tous, y compris par soi-même, comme peu compétent. La question suivante est alors de savoir comment les personnes de bas statut parviennent à concilier la justification du système avec la valorisation de leur identité sociale (Owuamalam et coll., 2018).

Stéréotypes, justification du système et identité sociale  

Selon la théorie de l’identité sociale (Tajfel & Turner, 1986), notre identité ne se définit pas seulement par nos caractéristiques individuelles (identité personnelle), mais aussi à travers les groupes auxquels nous appartenons ( identité sociale). Par exemple, on ne se définit pas seulement comme quelqu’un de travailleur ou de sociable, mais aussi comme ouvrier ou cadre, homme ou femme, etc. Cette théorie part ensuite du principe que nous avons besoin de construire et de préserver une identité, et donc une identité sociale, positive. Le processus de valorisation de soi passe donc par un processus de valorisation de nos groupes d’appartenance. Or, si attribuer moins de compétences aux personnes de bas statut permet de légitimer leur position au sein de la hiérarchie sociale, ce stéréotype va clairement à l’encontre du besoin de valorisation de leur identité sociale. Cependant, des travaux récents mettent en évidence quelles stratégies les personnes de bas statut peuvent mettre en place pour justifier un système qui, a priori, les désavantage, tout en conservant une identité sociale positive (Owuamalam et coll., 2018). 

 

Lorsqu’une personne appartient à un groupe de bas statut et perçu comme peu compétent (par ex. ouvrier), cela est en contradiction avec le besoin de valorisation de soi et de son identité sociale. Différentes stratégies peuvent alors être mises en place pour conserver une bonne image de soi sans pour autant remettre en cause le système : garder espoir quant aux possibilités d’évolution (par ex. obtenir une promotion, représenté en bulle de gauche) ou encore se valoriser sur des caractéristiques relevant de la dimension de chaleur (par ex. se dire qu’on est sympathique et qu’on a beaucoup d’amis, représenté en bulle de droite). Images de la personne par Wilson Joseph, des escaliers par AHMAD SIDIK, de la balance par David Khai, de l’homme d’affaire par b farias, du casque par Muhammad Nur Auliady Pamungkas, des smileys par Strohberto, de la pièce par Christian Mohr de The Noun ProjectLorsqu’une personne appartient à un groupe de bas statut et perçu comme peu compétent (par ex. ouvrier), cela est en contradiction avec le besoin de valorisation de soi et de son identité sociale. Différentes stratégies peuvent alors être mises en place pour conserver une bonne image de soi sans pour autant remettre en cause le système : garder espoir quant aux possibilités d’évolution (par ex. obtenir une promotion, représenté en bulle de gauche) ou encore se valoriser sur des caractéristiques relevant de la dimension de chaleur (par ex. se dire qu’on est sympathique et qu’on a beaucoup d’amis, représenté en bulle de droite). Images de la personne par Wilson Joseph, des escaliers par AHMAD SIDIK, de la balance par David Khai, de l’homme d’affaire par b farias, du casque par Muhammad Nur Auliady Pamungkas, des smileys par Strohberto, de la pièce par Christian Mohr de The Noun Project

Tout d’abord, considérer que le système est juste et récompense les individus en fonction de leurs compétences permet de garder un certain espoir quant aux possibilités d’évolution au sein de ce système, que ce soit pour soi-même ou pour ses enfants. Il est d’ailleurs assez commun de voir des parents de bas statut socio-économique insister auprès de leurs enfants sur l’importance du travail scolaire pour s’élever dans la hiérarchie sociale et « faire mieux que leurs parents ». Il s’agit ici d’une stratégie classiquement mise en avant dans le cadre de la théorie de l’identité sociale, à savoir la mobilité individuelle. Cette stratégie fait écho au concept plus commun d’ascension sociale. En effet, plus les personnes de bas statut croient en la possibilité d’une ascension sociale, plus elles ont tendance à justifier le système (Brandt et coll., 2020). 

Ensuite, si légitimer les inégalités sociales par des inégalités de compétence n’est pas très valorisant pour les groupes de bas statut, ces derniers ont néanmoins la possibilité de s’attribuer d’autres qualités. Celles-ci relèveront alors de la seconde grande dimension de jugement : la dimension de la chaleur. 

Ainsi, en référence à l’adage populaire « l’argent ne fait pas le bonheur », nous avons tendance à considérer que les pauvres sont peut-être moins instruits ou moins cultivés que les riches, mais plus heureux (Kay & Jost, 2003), ou encore qu’ils ont « le cœur sur la main ». De la même manière, de nombreuses recherches sur les stéréotypes de genre attestent que si les femmes sont perçues moins compétentes ou moins ambitieuses que les hommes, on leur attribue généralement davantage de qualités relationnelles telles que l’empathie ou l’altruisme (Bonnot & Verniers, 2017). Le faible niveau de compétence attribué aux groupes de bas statut est en quelque sorte « compensé » par un niveau élevé de chaleur (Judd et coll., 2005). Nous retrouvons ici une autre stratégie mise en avant par la théorie de l’identité sociale, à savoir la créativité sociale. Cette stratégie consiste à identifier des domaines dans lesquels on peut se valoriser (ici la chaleur), indépendamment de la position qu’on occupe au sein de la hiérarchie sociale. Cette complémentarité dans le contenu des stéréotypes – peu compétent mais chaleureux et vice versa – présente également l’avantage de satisfaire un besoin de justice. En effet, une répartition équitable des qualités et des défauts, autrement dit, le fait de considérer qu’il y a « du bon et du mauvais en chacun », laisse paraître la société plus juste (Fu et coll., 2019 ; Kay & Jost, 2003). 

Pour les individus appartenant aux groupes de bas statut, la justification du système n’est donc pas incompatible avec la valorisation de leur identité sociale (Cambon & Yzerbyt, 2018 ; Oldmeadow & Fiske, 2010) : en considérant que l’ascension sociale est possible, mais aussi qu’ils ont du cœur à défaut d’avoir de grandes capacités, ces groupes peuvent à la fois se valoriser et, si ce n’est soutenir, au moins accepter la hiérarchie sociale.

Conclusion

L’objectif de cet article était de mettre en évidence le rôle des stéréotypes dans la légitimation et le maintien des inégalités sociales. Nous pouvons retenir deux façons différentes dont les stéréotypes peuvent remplir ce rôle. D’une part, attribuer plus de compétence aux groupes de haut statut permet de légitimer les inégalités sociales, de les considérer comme normales – « les pauvres sont faits pour être pauvres et les riches pour être riches ». D’autre part, attribuer plus de chaleur aux groupes de bas statut – « quand on est riche on est désagréable ! » – permet de valoriser ces groupes et donc de conserver un certain équilibre dans la répartition des qualités et des défauts. Si cette stratégie compensatoire ne légitime pas directement les inégalités sociales, elle contribue néanmoins à une perception plus juste de la société et donc au maintien du statut quo.

 

Note de fin de document

[1] « La folie des Grandeurs », film réalisé par Gérard Oury en 1971

 

Références

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